Comment traduire l’économie circulaire en cacaoculture ?

Augustin Fromageot, Chef de projet au sein de Forestera explique comment la production de cacao responsable en agroforesterie revient à adopter les principes des 4R Réduire, Recycler, Réutiliser et Réparer chers à l’économie circulaire. De l’arbre à la tablette, il nous est souvent conté le voyage d’une fève de cacao. Et si à présent nous parlions des « déchets » générés par ce voyage ?

« Rien ne se gagne, rien ne se perd, tout se transforme » écrivait Lavoisier. Si cette célèbre phrase fait référence au monde de la chimie, elle pourrait être tout autant valable en agriculture ! La production d’une matière première agricole génère de grandes quantités de « résidus verts » dont les modèles intensifs font peu de cas, mais qui peuvent souvent être valorisés et devenir de véritables sources de revenus complémentaires pour les petits producteurs. Alors comment faire ? En gérant les “nutriments” des différentes étapes de la production de façon à ce que tout déchet puisse être considéré comme une ressource et être réutilisé.

En cacaoculture (production de cacao), les fèves proviennent de la cabosse, sorte de gros fruit plus ou moins allongé dont la « coque » épaisse renferme une quarantaine de graines entourées d’une pulpe abondante, sucrée et acidulée. Lors de la récolte, les cabosses sont ouvertes, les graines sont extraites manuellement et séparées les unes des autres, puis mises dans des caisses de bois où il se produit une fermentation. Puis les graines, que l’on peut enfin appeler fèves, sont mises à sécher avant d’être envoyées vers les chocolateries.

Coque de cacao : paillage et fertilisant

Un cacaoyer d’une variété sélectionnée produit entre 30 et 40 cabosses par an. Dans la plupart des parcelles il y a environ 1000 arbres productifs par hectare, ce qui fait qu’après la saison de récolte, il reste entre 30 000 et 40 000 « coques » vidées. Ces dernières se décomposent mal si elles sont laissées directement à l’air libre, par contre elles fournissent un excellent compost si elles sont « piquées » (c’est à dire un peu coupées ou écrasées) et mélangées à de la terre et de la litière.

Sous climat tropical humide, on obtient ainsi en trois mois un abondant terreau fertile, qui peut être étalé au pied des arbres. Le sol retrouve ainsi une partie des nutriments que les cacaoyers avaient absorbé pour produire ces cabosses, et la quantité d’engrais (très chers pour nombre de producteurs de cacao qui vivent sous le seuil de pauvreté) nécessaire pour assurer la production de l’année suivante baisse.

De la fève à la liqueur de cacao

Lors de la fermentation, la pulpe sucrée qui entoure les graines de cacao est liquéfiée et s’écoule par les fentes des caisses de bois. Dans la plupart des centres de traitement post-récolte, ce jus est tout simplement jeté, alors qu’il possède de multiples propriétés et usages possibles ! Ce « jus » contient beaucoup de sucre, mais aussi des levures qui, dans certaines conditions, peuvent transformer ce sucre en alcool. On obtient ainsi un moult (un « vin ») qui peut être distillé et donner un alcool très original et recherché.

Le jus fermenté de pulpe de cacao est aussi un herbicide puissant, et évidemment entièrement naturel. Lorsque l’on sait que dans les plantations jeunes (moins de 5 ans) le désherbage est parfois l’une des tâches principales, pourquoi pas ne pas envisager cette solution ? Enfin, la pulpe fraiche et non-fermentée peut servir à la confection de glaces, de boissons rafraichissantes, et même de pâtes de fruit.

Le cacao est maintenant fermenté et séché, et entre dans la chocolaterie. Là, il est tout d’abord torréfié, c’est à dire chauffé, ce qui permet de libérer les arômes. Les amandes, la partie de la fève qui est transformée en chocolat, sont encore entourées d’une « peau », qui est supprimée. Cette membrane fait une excellente infusion, au goût léger de chocolat mêlé de notes de fruits à coque ! Parfaite pour les après-midis pluvieuses de mars !

Terreau, herbicide bio, alcool, glace, infusion… la cacaoculture n’offre pas uniquement du cacao, loin s’en faut ! Tous ces produits dérivés alimentaires méritent vraiment d’être plus valorisés auprès du grand public, amateur ou non de chocolat, et conscient des enjeux environnementaux de notre époque. Si Lavoisier était encore en vie, il aurait pu s’écrier « Rien ne se perd, rien ne se gagne… tout se recycle ! ».

Vous souhaitez soutenir un projet rentable et conforme aux principes de l’économie circulaire, participez, sur la plateforme de financement participatif WiSEED en devenant actionnaire de Forestera, au développement d’un programme de reforestation écologique, économique et durable.

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Lenny Martinez
Lenny Martinez

Lenny Martinez travaille depuis février 2014 comme Responsable Projet au sein de ForestFinance France. Il est chargé du développement pour le financement de nouveaux projets agroforestiers basés sur la cacaoculture, du networking et du suivi avec les partenaires. Il met également à profit ses compétences rédactionnelles acquises à Sciences Po pour les activités de communication écrite de la société. Passionné par les langues, l’entrepreneuriat social et l’Amérique latine, il fait le relais auprès des équipes au Panama de ForestFinance.

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