Pour le retour d’une biodiversité dans nos cultures

L’ouverture du Salon de l’Agriculture met en lumière l’indéniable nécessité de métamorphoser un modèle agricole qui est arrivé à ses limites. Laissons la biodiversité se déployer dans notre agriculture !

« Désertification ». Le mot renvoie à des images de sable, de rocs sculptés par le vent, de Sahara…des lieux où les rares animaux ne semblent pas vivre, mais survivre (de façon remarquable, il est vrai !). Sous la pression de l’Homme, les déserts avancent, et il n’est pas forcément nécessaire de prendre l’avion pour le constater. Certains paysages agricoles français sont devenus de véritables surfaces pelées, exposées au soleil, au gel, à la pluie, pratiquement dépourvues de vie si ce n’est quelques rapaces à l’affût de campagnols. Plus de sols, mais un chaos de gros blocs aux faces lisses, de glaise compactée et imperméable, sur lequel l’Homme moderne « cultive » avec beaucoup d’intrants diverses plantes sélectionnées et vulnérables. Pas un arbre, bien entendu.

Le champ de la nature

La fertilité d’un sol dépend des arbres, qui lui apportent une litière, une multitude de débris ligneux, de l’ombre, de l’humidité, mais aussi des habitats pour une multitude d’insectes, champignons, microbes, animaux, qui vivent et font vivre ce sol. Les plantes cultivées sont en meilleure santé, plus résistantes et plus productives lorsqu’elles poussent sur des sols vivants. La nature dans toute sa richesse nous offre, gratuitement, de très nombreux services, comme la pollinisation par les insectes, la production de bois, la préservation contre l’érosion des sols, la filtration et purification des eaux de ruissèlement, la régulation du climat et la création des « microclimats », etc. Ce sont les fameux « services écosystémiques », dont nous commençons tout juste à mesurer l’immense importance. Or, après la seconde guerre mondiale et l’avènement de l’agrochimie, nous avons décidé de nous passer de ces services de la nature. Le monde agricole d’aujourd’hui en subit les conséquences.

A présent, n’est-il pas nécessaire et urgent de réintégrer cette nature oubliée dans nos modèles de culture, aussi intensifs soient-ils ? Métamorphoser nos paysages agricoles, favoriser le retour d’une biodiversité, replanter des haies et des arbres champêtres ! Cela ne signifie pas faire marche arrière, c’est accepter le fait que la nature dans les champs est la solution aux grands enjeux alimentaires de notre époque. C’est refaire l’expérience de la terre. La permaculture et l’agroforesterie sont de véritables réponses à la crise agricole, et ce partout dans le monde.

Au Pérou, dans la région amazonienne de San Martin, nous venons de lancer le projet Forestera : sur des terrains compactés par l’élevage bovin, nous mettons en place avec les populations locales, des agrosystèmes à cacao associant huit variétés fines de cacaoyers et des essences ligneuses locales. Recréer une ambiance de sous-bois permet le retour de papillons (dont certains forestiers), d’oiseaux nichant, de coléoptères, bref d’une biodiversité qui retrouve des conditions propices à son épanouissement. Les cacaoyers, plus sains, produisent plus que certaines parcelles en monoculture, et en baissant la quantité d’intrants. Nos plantations agroforestières apportent aussi aux communautés locales du bois de construction et de chauffe, du miel, et de nombreux fruits : bananes, oranges, citrons, mangues, papayes, avocats. Les sols se régénèrent, redeviennent des sols vivants et dynamiques !

Envie de participer au développement de Forestera ? Rendez-vous sur la plateforme de financement participatif WiSEED.

L’équipe de Forestera

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Lenny Martinez
Lenny Martinez

Lenny Martinez travaille depuis février 2014 comme Responsable Projet au sein de ForestFinance France. Il est chargé du développement pour le financement de nouveaux projets agroforestiers basés sur la cacaoculture, du networking et du suivi avec les partenaires. Il met également à profit ses compétences rédactionnelles acquises à Sciences Po pour les activités de communication écrite de la société. Passionné par les langues, l’entrepreneuriat social et l’Amérique latine, il fait le relais auprès des équipes au Panama de ForestFinance.