Réchauffement climatique : Pourquoi sommes-nous (encore) difficiles à convaincre ?

Pourquoi notre monde scientifique, doté de moyens humains et technologiques inouïs, n’arrive-t-il pas à convaincre, à imposer des connaissances qui ne sont plus des hypothèses sur le réchauffement climatique.

Il est étonnant d’entendre encore certaines personnes douter du réchauffement climatique et de la responsabilité de l’Homme dans ce bouleversement sans précédent, alors qu’il y a à présent un véritable consensus scientifique sur le sujet. Les données affluent, les modèles s’affinent, la réalité rattrape la théorie, et pourtant une grande partie de la population n’est pas convaincue. C’est d’autant plus préoccupant que certaines personnalités politiques à la tête d’Etats orientent leur action en s’appuyant sur ces doutes, ralentissant encore une réaction mondiale.

Un monde scientifique devenu complexe et peu accessible

Il y a encore un demi-siècle, les chercheurs fabriquaient eux-mêmes leurs outils de mesures, leurs machines, leur verrerie. Les idées et les découvertes les plus complexes et magnifiques, qui ont bouleversé notre civilisation et notre planète, ont émergé dans la beauté de la simplicité. Cette compréhension de ce qui faisait la base de leurs recherches rendait leurs raisonnement et leur discours limpides (bien que révolutionnaires pour l’époque, et donc controversés).

Aujourd’hui, il faut parfois des années aux étudiants chercheurs pour apprendre et comprendre ce qui se cache derrière certains instruments de haute technologie complexes. Si cette science moderne permet des avancées spectaculaires, la multiplicité des champs de recherche et des laboratoires, l’ont conduit à se compartimenter. Nous formons des « spécialistes ultra-spécifiques » et les discours deviennent obscurs, complexes, caricaturaux (et caricaturés !) lorsqu’ils sortent du milieu restreint de ces « spécialistes ». Un fossé se creuse entre ce monde scientifique et le grand public.

Chaque domaine (juridique, médical, scientifique, administratif, etc.) possède son propre jargon qui sonne comme une langue étrangère aux oreilles des néophytes. Pour que la connaissance devienne universelle, nous avons besoin de traducteurs, de personnes capables de la raconter simplement. Savoir conter le savoir. Comme Newton et sa pomme, il est nécessaire de raconter la connaissance avec des exemples imagés, des anecdotes amusantes.

« Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant. »

écrit La Fontaine dans l’une de ses Fables (Livre VIII, « Le pouvoir des Fables »)

Complexité et manipulation

Le réchauffement climatique et ses conséquences sur notre planète touchent à de multiples domaines, de l’écologie à l’économie, de la géopolitique à la philosophie. Il n’est pas facile de « raconter l’histoire » dans sa totalité (d’autant plus que nous ne connaissons que certains chapitres !). Certaines entreprises et organisations profitent du caractère pluriel des problèmes auxquels nous sommes confrontés pour créer le doute, et donc retarder des réactions positives pour l’environnement, mais qui iraient à l’encontre de certains de leurs intérêts (financiers). Ce sont les lobbies des industries pétrolières et minières, des géants de l’industrie agro-chimique, etc. Partout dans les médias, on voit fleurir des « experts » (qui à défaut d’être de véritables scientifiques sont des professionnels de la communication) qui sont en réalité de véritables et redoutables manipulateurs, détournant habilement le savoir pour aller vers l’arbitraire, voire le faux. Ils utilisent le jargon scientifique pour paraître plus savants, mais lorsque personne ne comprend, la frontière entre un sage et un emberlificoteur est ténue… « Ni vu ni connu j’t’embrouille!». Nous devrions juger un vrai bon spécialiste par sa capacité à exprimer avec des mots simples ce sur quoi il travaille.

Sortir de son « chez-soi » intellectuel

Chacun d’entre nous se construit un univers, avec ses certitudes, ses absolus, ses protections, un « chez-soi intellectuel » avec ses « meubles » et ses « habitudes ». Et il nous est, de façon inconsciente et normale, extrêmement difficile d’en sortir, de voir au delà, ce que supposent toutes les grandes questions et les grands défis de notre temps. Sortir de sa zone de confort, oui, cela suppose un petit effort intérieur. Comme s’extirper du lit sans attendre le dernier moment (pas de chance, il n’y a pas de possibilité de « sécher » le cours du réchauffement climatique !).

Aujourd’hui, pour relever tous ces nouveaux défis, nous avons besoin de passeurs de savoirs, de personnes passionnées qui soient un peu moins « spécialistes » et un peu plus « conteuses ». On peut être dans le vrai tout en utilisant une langue belle, simple et imagée. Faire de la science une poésie, en quelque sorte ! Il est nécessaire que nous retrouvions de l’émerveillement vis-à-vis de notre planète, ne plus voir ce bouleversement climatique comme une fatalité mais comme l’opportunité d’une métamorphose. Cultiver l’optimisme au lieu de semer l’inquiétude et la peur.

Augustin Fromageot

Chef de projet au sein de Forestera

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Lenny Martinez
Lenny Martinez

Lenny Martinez travaille depuis février 2014 comme Responsable Projet au sein de ForestFinance France. Il est chargé du développement pour le financement de nouveaux projets agroforestiers basés sur la cacaoculture, du networking et du suivi avec les partenaires. Il met également à profit ses compétences rédactionnelles acquises à Sciences Po pour les activités de communication écrite de la société. Passionné par les langues, l’entrepreneuriat social et l’Amérique latine, il fait le relais auprès des équipes au Panama de ForestFinance.