Pourquoi la préservation des sols est l’un des grands défis (ignorés) de demain ?

Si seulement les sols pouvaient parler

Qu’apprendrait-on si les sols pouvaient s’exprimer librement, comme nous ? Imaginons qu’un instant, les sols pouvaient être entendus et écoutés : Augustin Fromageot, Chef de projet au sein de Forestera et actuellement au Pérou sur une plantation associant cacaoyers et autres arbres locaux, donne la parole à un sol meurtri par l’agriculture intensive.

Zoom sur la condition de sol en ce début de XXIe siècle et les efforts à mettre en œuvre pour préserver les sols et leur biodiversité.

Qu’est-ce qui caractérise un sol ?

Si les mots « sol », « humus » ou encore « horizon » sont de genre masculin, je revendique haut et fort mon côté féminin de « terre nourricière ». Constitué de matière organique et de litière, mes pairs et moi-même recouvrons presque en totalité les terres émergées de notre planète. A première vue, je ne fais que quelques centimètres ou quelques dizaines de centimètres d’épaisseur, une coquille d’œuf comparé à la croûte terrestre qui fait quant à elle entre 10 et 50 km d’épaisseur, ou le manteau terrestre qui fait environ 5000 km d’épaisseur. Et pourtant ne vous y méprenez pas, sans nous (les sols) la face du globe serait bien différente croyez-moi !

Notre belle planète étant constituée d’une atmosphère, d’eau – océans, rivières, pluie, neige…, d’un monde minéral, et enfin d’un monde vivant, le monde biologique : plantes, animaux, microbes, etc., l’une des principales fonctions des sols est de mettre en contact tous ces mondes, de les mettre en relation pour qu’ils interagissent. Gaz de l’atmosphère, eau, éléments minéraux venant des roches souterraines, microbes, lombric, racines des arbres, tout cela s’échange, se brasse, parfois intimement. En d’autres termes, nous favorisons les histoires d’amour entre les grands milieux terrestres ! Prenez par exemple l’humus, dont nous sommes en partie constitués. L’humus est l’association très forte, on pourrait presque dire l’union, entre des éléments minéraux venant des roches et de la matière organique provenant de la litière, cette couche de feuilles et débris animaux et végétaux de toutes sortes qui se décomposent sous l’action de microbes et d’insectes en tout genre.

En quoi ces synergies ont un impact sur l’être humain, et pourquoi seraient-elles fragiles et menacées ?

Pour grandir et se développer, les plantes ont besoin d’eau, de lumière, de gaz carbonique, mais aussi de nombreux éléments et « vitamines » qui proviennent des roches et de la matière organique. Nous, les sols, sommes des usines à fabriquer et à emmagasiner tout cela, nous sommes en quelques sorte les « garde-mangers » des plantes. Par ailleurs, nous sommes le lieu de vie d’une biodiversité foisonnante (insecte, microbes, vers, champignons, petits animaux,…) et encore largement méconnue par vous, les humains. Cette biodiversité assure le bon fonctionnement de vos activités !

MAIS cette mécanique reste néanmoins fragile. Nous sommes un peu comme une entreprise, nous avons des entrées, des sorties, et si ces dernières sont perturbées ou supprimées, c’est rapidement la faillite ! Imaginez par exemple qu’on supprime tous les arbres dont nous servons de support, d’un seul coup on nous prive de litière, qui est la base de la matière organique. Le garde-manger n’est plus rempli, et il se vide bientôt de toute substance. Par ailleurs nous nous retrouvons en plein soleil, avec des hautes températures la journée et des nuits glaciales, des très fortes pluies. Tout cela ne plaît pas à nos hôtes qui finissent vite par mourir ou déserter. Plus de personnel pour faire tourner l’entreprise, c’est la faillite assurée !

Nous sommes dans une période très difficile pour nous, les sols. Si vous saviez le temps que cela prend de devenir une interface entre plusieurs mondes, parfois plusieurs centaines de milliers d’années ! Alors quand la machine est détraquée ou détruite, il y a peu d’espoir de la relancer rapidement. Je ne vous comprends pas, parfois, vous les Hommes. Vous dépendez complètement de nous, et pourtant depuis plus d’un demi-siècle vous faites tout pour notre disparition !

Comment entretenir et préserver un mécanisme aussi précieux ?

Vous essayez bien de nous maintenir sous respiration artificielle avec une multitude d’engrais. Nous sommes des espaces dynamiques, en mouvement. C’est notre humus (d’ailleurs « Humus » et « Humain » on les mêmes racines étymologiques !) qui retient les éléments nécessaires à la bonne santé des plantes, qui empêche la pluie de tout emporter, qui apporte le gîte et le couvert à une multitude de bêtes si utiles. Sans arbres, et donc sans matière organique, rien n’est possible nous ne sommes pas magiciens. Et vous non plus !

Il y a enfin un début de prise de conscience de votre part. Vous êtes de plus en plus nombreux à commencer à nous écouter. Il était temps ! Comme je vous le dis, nous sommes assez résistants, résilients. Il ne nous faut que quelques arbres variés, quelques buissons, pour remplir notre garde-manger. Saviez-vous qu’il y a quelques années, j’étais moribond ? Aujourd’hui, on a replanté sur moi des arbres, cacaoyers et arbres d’ombrages, je ressens vivre en moi toute une faune et une flore bienfaitrice et je me sens beaucoup mieux. Bien sûr, tout n’est pas parfait, je suis encore en convalescence, mais les choses s’améliorent et je ne suis pas à plaindre, comparé à mes voisins !

Merci pour cette rencontre autour d’un ver’.

Pour participer au développement de parcelles agroforestières économiques, écologiques et durables, rendez-vous sur la plateforme de financement participatif WiSEED.

0 2376
Lenny Martinez
Lenny Martinez

Lenny Martinez travaille depuis février 2014 comme Responsable Projet au sein de ForestFinance France. Il est chargé du développement pour le financement de nouveaux projets agroforestiers basés sur la cacaoculture, du networking et du suivi avec les partenaires. Il met également à profit ses compétences rédactionnelles acquises à Sciences Po pour les activités de communication écrite de la société. Passionné par les langues, l’entrepreneuriat social et l’Amérique latine, il fait le relais auprès des équipes au Panama de ForestFinance.